Récits : "C'est moi la maîtresse !"
Récits : "Souvenirs d'enfance"
Le sujet de ce film m’a intéressé dès que j’en ai entendu parler : l’histoire vraie d’un bègue, roi de surcroît, qui parvient à surmonter son handicap avec l’aide d’un orthophoniste original… Il s’agit, vous l’aurez reconnu, du « discours d’un roi », de Tom Hooper, qui raconte l’aventure du père de la reine Elisabeth d’Angleterre.
C’est un film émouvant et drôle, qui m’a beaucoup touchée, tant par la lutte courageuse de ce roi pour reprendre sa parole volée, que par les moyens utilisés par son « enseignant » pour lui venir en aide.
Et je me suis souvenue de ma propre rencontre avec un enfant qui bégayait…
C’était lors de ma troisième année d’enseignement, dans les années 70. Ma classe de trente-trois élèves n’était pas facile à gérer. L’école dont elle faisait partie rassemblait les enfants des immeubles voisins, et la plupart des familles étaient confrontées à de graves difficultés sociales et financières.
Je peinais à mettre en place une pédagogie adaptée, tant les écarts entre les niveaux scolaires des enfants étaient importants. Mon souci principal était d’obtenir une atmosphère suffisamment calme et détendue pour permettre les apprentissages. Chaque jour représentait un nouveau défi, pas toujours gagné quand j’en dressais le bilan le soir. Mais j’étais jeune, pleine d’énergie et d’optimisme, et je maintenais autant que possible le cap que je m’étais fixé.
J’aimais bien ces enfants, même si les initier aux secrets du français ou des mathématiques me demandait des trésors d’ingéniosité. S’ils restaient obstinément fermés à tout ce qui leur était étranger, ils se montraient capables de m’enchanter par leur vivacité et leur curiosité quand un sujet les intéressait. Ils demandaient une attention constante pour écouter leurs soucis d’enfants et canaliser leur énergie afin d’obtenir d’eux un minimum de concentration.
Au milieu de la ruche bourdonnante, un enfant se distinguait par son calme et sa timidité. Il était assez grand de taille et plutôt costaud. Il parlait peu, ne se mêlait pas beaucoup aux autres. Seule sa stature en imposait à ses turbulents condisciples et lui permettait d’échapper aux méchancetés dont il aurait pu facilement être la victime s’il avait été de constitution fragile.