Récits : "C'est moi la maîtresse !"
Récits : "Souvenirs d'enfance"
Notre maîtresse devait prendre sa retraite à la fin de l’année : pour nous les petits du Cours Préparatoire, c’était une grand-mère ! D’ailleurs, elle était douce et gentille comme une mamie, et nous l’aimions beaucoup. Mais un jour, je ne me souviens plus pourquoi, elle se fâcha après nous injustement, et nous punit.
Je n’ai jamais supporté l’injustice : à six ans, j’étais déjà comme ça. Alors, je décidai de me venger. Et comme la punition était collective, je résolus d’entraîner mes petites camarades dans le complot : le lendemain, nous n’irions pas à l’école !
A la sortie, j’expose mon plan à mes amies les plus sûres, et leur fais promettre le secret. Nous rentrons chacune à la maison, copions sans nous plaindre les quelques lignes de la punition, et ne soufflons mot de notre projet à nos parents...
Le matin suivant, il neigeait ! L’euphorie que suscita l’évènement risquait fort de faire vaciller la détermination de mes camarades, mais je contrôlai la situation, et au fur et à mesure qu’elles arrivaient devant l’école, je leur donnais les consignes : quand les parents seraient partis, juste avant que la cloche ne sonne, nous devions discrètement nous glisser hors de la cour (la porte restait toujours grande ouverte) et nous retrouver sur le petit chemin à l’arrière de l’école.
Mon cœur battait la chamade, mais je montrai l’exemple : je m’échappai sans problème, suivie par les autres fillettes. Nous étions ravies ! Tout le monde était là, même cette froussarde de Cécile !
Bien fait pour la maîtresse, elle fera classe toute seule !
Mon plan génial prévoyait de disparaître à l’heure de la rentrée, mais je n’avais pas pensé à la suite... Nous étions donc là, dans le froid, à attendre... Au bout d’un moment, je partis en éclaireur jeter un coup d’œil dans la cour : vide ! Pas de maîtresse en larme, pas de directrice affolée, rien que le silence...
Je reviens vers mes camarades, dépitée, et après un moment d’attente, nous décidons de rentrer en classe. Sans faire de bruit, nous traversons le couloir, accrochons nos anoraks et bonnets après les portemanteaux et arrivons devant la porte. Je suis devant, j’hésite... Finalement, je frappe. Pas de réponse. Je frappe plus fort.
-Entrez, dit la voix de la maîtresse.
Tête basse, l’une derrière l’autre, nous pénétrons dans la classe. D’habitude, en hiver, nous nous regroupions autour du gros poêle à bois, au fond de la salle, pour nous réchauffer... Mais là, nous n’osons pas nous en approcher. Nous allons droit à notre place, et nous nous asseyons, dans un silence incroyable.
La maîtresse est au fond de la classe, elle aussi se tait. Finalement, elle nous dit, avec son ton chaleureux habituel :
-Bonjour, mes enfants ! Venez vous réchauffer auprès du fourneau !
Stupéfaites, nous nous retournons pour la regarder : elle a son air de tous les jours, et semble ne s’être rendue compte de rien !
Alors, toutes joyeuses, nous venons autour d’elle, comme des poussins auprès de leur maman poule. Et nous tendons nos mains rougies vers la chaleur du poêle.
Et comme chaque matin, la maîtresse dit d’une voix douce :
-Attention, pas trop près, n’allez pas vous brûler !
Jamais elle ne nous demanda d’explications sur notre retard ce jour-là, et elle n’en parla pas à nos parents. La rébellion fut étouffée dans l’œuf, et la fierté que nous aurions pu éprouver devant notre action audacieuse se transforma en sentiment de gêne, voire de honte...
Adulte, je me suis souvent interrogée sur la pertinence de cette attitude originale choisie par notre institutrice, et je ne lui donnerai ni tort ni raison : mais, sans que je puisse expliquer pourquoi, j’en conçus alors pour elle une grande admiration, et je décidai en son honneur de ne plus organiser d’actions de représailles collectives.
Je tins ma résolution cahin caha pendant toute l'école primaire, mais par la suite, devant les merveilleuses occasions de révolte que m'offrit la vie, je ne résistai pas très longtemps, il faut bien l'avouer !
Cette "Mamie" a eu la zen attitude et toi petite fille tu as su en tirer une belle leçon bravo .
J'adore cette phrase "comme des poussins vers leur maman poule "
je t'aime fort chere rebelle lol
Heureusement que nous avons eu des personnes intelligentes, autour de nous, pour étouffer quelques fois certaines rebellions.
Heureusement aussi qu'il y a eu dans nos vies des rebellions menées jusqu'au bout.
je suis retournée des années en arrières ,comme ça fait du bien
Amitiés
nous ne sommes qu'humaines, et parfois l'exaspération des fois d'avant, fait monter la colère au delà du raisonnable...
sans doute avait-elle bien réalisé la situation et avait estimé chaque camp quitte de l'autre...
Une bien belle histoire et surtout une superbe "plume"
Bonne journée
Milou