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Bergère d'enfants

Enfant, j’aimais beaucoup l’école, mais je n’appréciais pas l’attitude de mes maîtres. Toute petite déjà, j’étais révoltée par les injustices et les humiliations : elles me concernaient rarement, car j’étais une « bonne » élève, mais je souffrais pour mes camarades moins douées, souvent issues comme moi d’un milieu pauvre, qui ne connaissaient pas les clés pour éviter d’être la cible de méchancetés de toutes sortes venant des adultes insensibles.

 

Aussi loin que je m’en souvienne, et comme beaucoup de petites filles, j’ai toujours voulu être « maîtresse d’école » : mais je me promettais d’agir différemment que mes institutrices. Je voulais être gentille avec les enfants, les respecter, les écouter, instaurer dans ma classe  la joie et le plaisir d’apprendre.

 

J’ai enseigné pendant trente années, et je n’ai jamais oublié mes idées d’enfant : j’ai été aidée par une rencontre fondamentale pendant mes années de formation. Les instituteurs du mouvement Freinet de mon département avaient organisé une petite réunion pour expliquer leur pédagogie. Au-delà des techniques (dont je ne compris l’utilité que bien plus tard), je fus sensible à leur conception de l’enfant, des apprentissages et de la place de l’adulte. J’eus la grande chance de pouvoir passer quelques journées dans leurs classes et de les voir pratiquer. Un d’entre eux enseignait dans une classe unique d’un tout petit village isolé ; je fus enchantée par son travail. Les enfants étaient heureux de venir à l’école, ils travaillaient à leur rythme et à leur niveau à partir de projets de travail qu’ils fixaient avec l’aide du maître en début de semaine. Ils avaient du temps pour jouer, pour fabriquer des objets, pour débattre de sujets d’actualité. Ils écrivaient des textes sur leur vie, ils créaient des petits livres qu’ils imprimaient eux-mêmes.  C’était  l’école de mes rêves.

 

Par la suite, quand je devins moi-même « la maîtresse » et que je fus confrontée à la pression de l’administration, des programmes, de mes collègues, je gardai toujours en tête cette merveilleuse petite classe dans laquelle j’avais vu fonctionner mon rêve. Et ce sont ces petits élèves passionnés, que j’avais vu essayer de battre aux échecs l’ordinateur installé dans leur classe (en 1972 !), qui m’ont portée, qui m’ont permis de ne jamais me décourager et me détourner de mon chemin.

 

Je pris ma retraite en 2001. Je quittai l’enseignement avec soulagement et sans regrets. J’avais œuvré sans retenue pendant toutes ces années pour accompagner au mieux mes petits élèves et pour faire changer l’école. J’étais épuisée, il était temps pour moi de descendre du train et de me consacrer à d’autres activités, plus intimes et plus calmes.

 

Dix années sont passées. Il me semble que je peux, à présent, parler de ce vécu si riche, et partager avec vous, qui avez connu l’école comme élèves ou comme enseignants, mes souvenirs doux-amers… Souvenirs de mon métier, souvenirs de ma propre enfance d’écolière…

 

Bonne lecture !
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Amicalement,
Elizée

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